Donc ça y est, c'est décidé le débat du premier tour va avoir lieu, maintenant qu'on a voté; c'est logique ! Décidément, ces français ne font rien comme les autres ! F. Bayrou l'avait appelé de ses voeux, ce débat-primaire avec les deux autres, allez les trois autres parce qu'il ne voulait pas donner l'impression d'exclure a priori le Pen, il l'avait appelé de ses voeux avec la petite arrière-pensée qu'il ne ferait qu'une bouchée de la candidate socialiste. C'était là le grand danger pour la gauche - enfin pour la vielle gauche, celle qui se limite et se délimite aux PSFIO et à ses extensions gauchistes - mais aussi le grand danger pour la droite qui était bien convaincue que Bayrou aurait été un adversaire autrement plus coriace que Royal au second tour.
La réponse qui a arrangé les affaires de tout le monde, enfin de tout le petit système à deux têtes, a été celle apportée opportunément par N. Sarkozy: C'est quand même extraordinaire (c'est sa grande phrase, vous avez remarqué?) que tout le monde se préoccupe d'organiser un tel débat quand cela n'est plus possible, CSA oblige...
En conséquence nous allons donc avoir notre débat de premier tour... Après le premier tour ! Champion du monde de l'innovation politique, ces Français ! Champion du Monde !
Mais, à tout prendre, c'est quand même mieux que rien. Bien sûr, si ce débat a lieu, ce qui est encore loin d'être certain, c'est-à-dire à présent si Ségolène Royal ne se défile pas. Nous aurons alors l'occasion d'assister à un vrai débat d'idée sur l'avenir de la gauche. Nous aurons en effet face à face une représentante de la gauche d'hier, d'inspiration très année 80, inspiration revendiquée d'ailleurs - et un représentant de ce qui préfigure la gauche de demain, d'inspiration sociale démocrate voire Démocrate tout court, comprenez à la Bill Clinton.
Ce débat sera d'autant plus libre qu'il se placera sur le plan des seules idées. En effet, le choix a eu lieu, pour ce coup-ci, avant le débat; c'est un peu triste mais bon, c'est comme ça !
A présent la question est donc celle-ci: "La nouvelle gauche avec le PS, cap ou pas cap?" Eh oui, Ségolène voit son coup de bluff lui exploser en pleine figure. Trop certaine que son plan était parfait, que Bayrou allait être coincé et qu'il serait obligé de refuser et le débat et le soutien, elle se voyait déjà - oui tout en haut de l'affiche - mais aussi débarrassée, à plus long terme, de l'épine Démocrate et de toute forme de concurrence. Et Mélenchon de rigoler, d'ailleurs dès hier, comme une baleine croisée avec un éléphant à plume !
C'était compter sans la confiance en soi de l'ami Bayrou, sans la certitude qu'il a d'être suivi par nombre de français, même chez ceux qui ont encore voté PS cette fois-ci ! C'était compter sans sa capacité de réflexion qui lui a permis de comprendre qu'il n'avait rien à perdre à un tel débat mais au contraire tout à gagner.
Et maintenant qui se retrouve coincée? De quoi aurait-elle l'air, l'amie Ségo, si elle ne se rendait pas à l'invitation qu'elle a elle-même lancée? Cela ferait désordre ! D'un autre côté, qu'a-t-elle à y gagner? Son pacte présidentiel va prendre des coups, son image de présidentiable va être passablement écornée et ses chances de battre Sarkozy (déjà minces) réduites à néant. Le tout, Ségolène sur le gâteau, à sa propre initiative !
Non, vraiment, cette démarche politique, ce coup de poker est assez loin des coups de maîtres dont son mentor, un autre François, avait pourtant le secret ! Décidément, n'est pas François II qui veut ! Le prénom y est peut-être pour quelque chose... Allez savoir !
Ce soir F. Bayrou a réussi à prendre la tête (sans jeu de mot) de la maison de gauche. Décidément, il avait l'oeil - le sphinx - il avait l'oeil ! François III serait-il en route? Affaire à suivre, décidément, affaire à suivre de très près !
"Ah putain, cinq ans !"
Cordélia Lefranc DSE - Démocrates Sociaux et Européens
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