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La méthode Cordélia

Dimanche 25 février 2007
Le 11 février vous saurez tout sur les... 100 propositions du programme de Ségolène Royal.

Avez remarqué ce petit miracle? Nous sommes à présent le 25 février et, personnellement, je serais incapable de vous citer de mémoire plus de trois propositions de la candidate. Pourtant je vous assure que je suis cette campagne avec soin. Tous les jours je lis, j'écoute, je regarde. Alors, comment expliquer cela? C'est bizarre, non? Et vous? Pareille? Hmm... Voyons voir...

C'est peut-être le mystère des grands nombres. Au delà d'une certaine quantité, il n'est plus possible de percevoir le détail. Alors, on ne s'attache plus qu'à la masse. Et, comme par magie vous avez un programme puisque votre programme compte officiellement 100 propositions. Lesqelles? En voilà une question! Est-ce qu'on vous demande si vot' grand-mère fait du vélo? 100 propositions, c'est 100 propositions! Et 100 propositions, cela vous fait un programme. Ergo Ségolène a un programme et il fait 100 propositions.

Si comme petite Cordélia la démonstration vous laisse sans voix, eh bien peut-être apprécierez-vous ce qu'elle se propose de vous offrir: une lecture pas à pas des "fameuses" (bien que personne ne semble en mesure de dire ce qu'elles sont) 100 propositions.

Sa méthode, la méthode Cordélia, est assez simple en somme: puisqu'un gros paquet de 100 propositions, c'est assez indigeste, si nous en prenions un peu moins à la fois, mettons au maximum dix et au minimum 5? Pourquoi cette fourchette? Cela dépendra de la taille des différentes sections et du courage de petite Cordélia chaque jour. De toute manière, avec 10 proposition à la fois, on devrait avoir fait le tour en dix articles. Avec 5, en 20. Donc il est raisonnable que d'ici à une quinzaine d'articles, nous soyons arrivés à bout de ces 100 propositions et qu'alors nous soyons en mesure de répondre à cette question: est-ce que 100 propositions cela fait un programme d'action? Si nous faisons un article par jour, eh bien dans quinze jours, nous aurons notre réponse.

Vous êtes d'accord? Formidable! Alors commençons tout de suite. Puisque nous en sommes aux considérations introductives, regardons un peu l'intro du pacte de Dame Ségo et voyons ce qu'il peut bien y avoir là-dedans:

Le Pacte Préidentiel

"Ce que vous m’avez dit, je l’ai entendu. Ce que je savais, vous l’avez confirmé. Aujourd’hui, je vous propose le Pacte présidentiel : 100 propositions pour que la France retrouve une ambition partagée, la fierté, et la fraternité.

Plus de 6 000 débats ont été organisés sur tout le territoire. J’ai reçu par Internet 135 000 contributions. J’ai écouté les partenaires sociaux, j’ai rencontré les associations, j’ai mobilisé les experts. Vous avez été nombreux à vouloir participer à cette oeuvre collective.

J’ai souhaité ce travail d’écoute et de confrontation des idées. J’ai voulu que les citoyens reprennent la parole pour que je puisse porter leur voix : vous ne supportez plus que l’on rédige dans l’ombre des programmes aussi vite oubliés qu’ils sont écrits. Les promesses doivent être tenues, elles doivent être crédibles.

Ce Pacte présidentiel, c’est ensemble que nous le mettrons en oeuvre.

Plus juste, la France sera plus forte.
Ségolène ROYAL"

La première surprise de taille, c'est sans doute que par le débat participatif Ségolène ne semble rien avoir appris de nouveau: "Ce que je savais, vous l’avez confirmé." Comme elle ne mentionne pas la moindre surprise ou la moindre révélation il semble que surper-Ségolène avait tout compris toute seule dès le départ et sans consulter personne. Vous me direz, c'est normal, sinon pourquoi aurait-elle été élue? Mais enfin quand même 6 000 débats, 135 000 e-contributions, 6 mois de démocratie participative et pas une seule idée neuve! Pas une seule surprise! Pas une seule révélation! C'est fou, non? Elle doit vraiment être super-forte! Ou alors c'est que les participants étaient vraiment un peu nuls...  Mais non, c'est de la médisance. Aïe! (je viens de me donner un petit coup de règle sur le bout des doigts).

Enfin, quoiqu'il en soit, c'est six mois pour arriver à la conclusion recherchée: je savais bien que j'avais raison depuis le départ!

D'ailleurs on note que pour l'introduction d'un rapport de synthèse sur un travail participatif, il y a beaucoup de place accordée à Mme Royal (neuf fois "je" en tout) alors que les citoyens ne sont mentionées qu'une fois nommément et seulement 5 fois au travers du pronom: vous. C'est d'ailleurs intéressant cet usage du vous... D'abord parce que Ségolène ne semble pas se considérer comme un citoyen comme les autres - dialectique de séparation je/vous. Ensuite parce que quand on s'intéresse à la place de ce vous, eh bien on note que sur les cinq petites occasions, il n'y en a plus que quatre où le "vous" est le sujet de l'action. Et encore, il y en a une qui est une confirmation...

Regardez vous-même: "Vous avez dit ce que j'ai entendu" - on n'en saura pas plus sur ce qu'elle n'a pas entendu...- "Vous avez confirmé que j'avais raison" - et c'est bien heureux... - "Vous avez voulu participer" -  ça c'est sûr, et nous voulons encore participer mais la vraie question c'est avons nous vraiment participé ou avez-vous choisi d'entendre ce qu'il vous plaisez d'entendre? - "Vous ne supportez plus les programmes rédigé dans l'ombre..." Mouais, enfin s'ils sont bons et bien expliqués en pleine lumière, moi après tout cela ne me dérange pas plus que cela. Je veux savoir et comprendre mais si je suis d'accord avec le contenu, peu importe les conditions de rédaction. Mais peut-être ne suis-je pas représentative. Comment savoir?

Enfin, heureusement il y a la dernière phrase, le ralliement: c'est ensemble que nous le mettrons en oeuvre. Ouf! Mais... Ca reste à voir! Encore faudrait-il que vous soyez élue, chère Ségolène. Vous allez un peu vite en besogne. Et puis, il faudrait quand même savoir ce qu'il contient vraiment ce pacte. Parce qu'après tout, on ne sait pas ce que -vous- avez entendu, ce que -vous- avez retenu. Alors...

Reste à savoir ce qu'il en ressort ou ce qu'il n'en ressort pas, de cette démocratie participative. C'est d'ailleurs bizarre ce nom. C'est un peu un pléonasme, non? Vous connaissez beaucoup de régime vraiment démocratique sans participation, vous? Enfin, c'est la suite de notre petit travail à nous, les citoyens que de regarder calmement ce qui ressort de tout ça. Car au fond, c'est quand même not' boulot, à nous citoyens de la république, que de regarder ce qu'on nous propose et de répondre à la question: "c'est ça que vous voulez, ou non?" N'est-ce pas cela, au fond, la vraie démocratie? N'est-ce pas cela notre vraie participation à la démocratie? N'est-ce pas au fond ce choix, l'ultime choix, le choix libre entre les différents projets proposés que la démocratie participative, la vraie?

La suite au prochain numéro.

Démocratiquement, Socialement, et Européennement Vôtre,
Cordélia Lefranc et sa petite méthode

Par Cordélia Lefranc
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Dimanche 25 février 2007
Voilà, comme promis donc, nous allons commencer à lire ensemble ce gros paquet de propositions et essayer de nous en faire une idée un peu plus juste. Enfin, je dis nous parce que j'ai encore la naïveté de croire que vous allez m'accompagner jusqu'au bout de cette démarche. Mais si je n'avais pas cet espoir, aurais-je le même coeur à l'ouvrage? Pas si sûr, alors... Laissez-moi me bercer d'illusions, pour qu'au moins et rien que pour moi je puisse profiter de cette lecture détaillée. Et si jamais vous étiez là avec moi, eh bien, n'hésitez pas à me passer un petit commentaire. Comme ça, je saurai que vous êtes là, et cela donnera un peu de relief à mes articles.

Allez, assez de préambules, quand il faut y aller, il faut y aller... En garde, Ségolène!


Le pacte Présidentiel de Ségolène Royal

La Présidente de la confiance retrouvée
Remontée des débats

"Pour relancer la croissance, les participants aux débats se sont prononcés davantage pour des réformes structurelles que pour des politiques macroéconomiques nécessairement limitées par l'ampleur de la dette publique.

Il faut stimuler la création d'entreprises, renforcer l'investissement et la recherche, remédier à la sous-qualification, développer la formation professionnelle, soutenir les PME et renforcer l'efficacité de la dépense publique.

Enjeux
Un développement durable, une croissance forte, une dette publique maîtrisée, la réconciliation des Français avec les entreprises sont les préalables nécessaires à un retour de la confiance, à l'esprit d'initiative, à un partage effectif des richesses et à une maîtrise de la mondialisation.

Propositions
1- Investir massivement dans l'innovation et la recherche : augmentation pendant le quinquennat du budget de la recherche et des crédits publics pour l'innovation de 10 % par an (le budget public de recherche-développement a diminué de 1 à 0,8% du PIB entre 2002 et 2005). Sur les 65 milliards d'aide aux entreprises, seuls 5 % sont orientés vers la recherche-développement : je propose de porter cette part à 15%.

2- Mettre en place une politique industrielle capable de préparer l'avenir et de réduire les risques de délocalisations avec la création d'une Agence nationale de réindustrialisation.

3- Soutenir les PME avec la création de fonds publics régionaux de participation et en leur réservant une part dans les marchés publics.

4- Donner la priorité à l'investissement des entreprises avec un taux d'impôt sur les sociétés plus bas si le bénéfice est réinvesti et plus haut s'il est distribué aux actionnaires.

5- Sécuriser le parcours des jeunes créateurs en soutenant la création d'entreprises (simplifications), en généralisant les ateliers de la création dans toutes les régions, en améliorant la protection sociale des entrepreneurs, et en mettant en place un mécanisme de cautionnement mutuel pour ceux qui garantissent les emprunts de leur entreprise sur leur patrimoine privé.

6- Réformer l'Etat : un euro dépensé doit être un euro utile. Une décentralisation aboutie. Des services publics de qualité présents sur tout le territoire et accessibles par Internet. La généralisation des logiciels libres dans l?administration."

Bien, voilà! Cela fait six propositions à examiner - on est dans l'ordre de la juste fourchette, tout juste mais bon, on y est quand même! Si on les reprenait une par une, hein, qu'est-ce que vous en dites? Là je les ai mises toutes en bloc, pour que vous puissiez vous faire une idée par vous même, sans que je ne vous influence d'aucune manière. Mais maintenant, c'est bon, on peut y aller? Vous les avez lues? Ok.

Alors... Voyons cela:

C'est amusant cette remontée des débats tout de même, vous ne trouvez pas?

"se sont prononcés davantage pour des réformes structurelles que pour des politiques macroéconomiques nécessairement limitées" C'est fou ce que d'un seul coup nos citoyens participatifs sont devenus tous, enfin majoritairement, sages et surtout ce qui est assez extraordinaire c'est qu'ils se mettent à parler comme des Enarques: "des réformes structurelles" ou encore: "des politiques macroéconomiques". Finallement nous avons vraiment un peuple d'expert!

Ce qui est moins clair, c'est si les solutions proposées ensuites sont elles aussi des remontées ou des réponses de la candidate.

"Il faut stimuler la création d'entreprises, renforcer l'investissement et la recherche, remédier à la sous-qualification, développer la formation professionnelle, soutenir les PME et renforcer l'efficacité de la dépense publique."

Enfin, oui bien sûr il faut, il faut. Maintenant, comment fait-on, sans augmenter la dette. Alors voyons cela, point par point. Puisque là, maintenant, nous sommes vraiment sur le point de rentrer dans le vif du sujet. Après la théorie, la pratique: Comment, comment et comment? Voyons donc cela:

"1- Investir massivement dans l'innovation et la recherche : augmentation pendant le quinquennat du budget de la recherche et des crédits publics pour l'innovation de 10 % par an (le budget public de recherche-développement a diminué de 1 à 0,8% du PIB entre 2002 et 2005). Sur les 65 milliards d'aide aux entreprises, seuls 5 % sont orientés vers la recherche-développement : je propose de porter cette part à 15%."

Donc la première réponse de Ségolène à la question du retour à la croissance c'est une augmentation des dépenses publiques dans le secteur de la recherche. Ce qui est regrettable, c'est que le coût de la mesure ne soit pas indiqué tout de suite. En effet, l'augmentation du budget de 10% par an, cela ne doit pas être trop difficile à chiffrer donc pourquoi ne pas le préciser tout de suite? Ce qu'on remarque aussi c'est que l'augmentation est exprimée en pourcentage du budget actuel et non en terme d'objectif de proportion du PIB. On peut se demander pourquoi étant donné que la croissance du PIB est tout sauf linéaire. Quoiqu'il en soit, cette mesure est précise, chiffrable et a priori cohérente avec les objectifs même s'il n'est pas certain qu'elle porte des fruits. En effet, la recherche est quand même un processus assez aléatoire et les objectifs de cet effort de recherche ne sont par ailleurs pas précisés ici. Ceci aussi peut être regretté.

"2- Mettre en place une politique industrielle capable de préparer l'avenir et de réduire les risques de délocalisations avec la création d'une Agence nationale de réindustrialisation."

Peut-on concevoir plus incantatoire comme proposition? Il va falloir "mettre en place" - comment? - une politique industrielle - laquelle?- capable de préparer l'avenir - ah bon? c'est pas pour maintenant donc? - "et de réduire les risques délocalisations" - ah oui mais comment? "avec une agence" Ha-ha? Une agence? Des fonctionnaires? Combien? Quels moyens? Comment? Pour quoi faire? Etc. Cette soit-disant proposition ne me semble vraiment pas très aboutie. Peut-on considérer que c'en est une, d'ailleurs, si on la compare, par exemple, à la précédente? Pour moi, elle ressemble plus à ce qu'on appelle un voeu pieux. Je pense qu'il faudra la décompter du total.

"3- Soutenir les PME avec la création de fonds publics régionaux de participation et en leur réservant une part dans les marchés publics."

Bon, cela s'est à peine mieux. Enfin, un peu quand même. Des fonds régionaux de participation, très bien mais on finance cela comment? Et comment cela marche-t-il, surtout. Ensuite cette histoire de part de marchés publics réservée, est-ce conforme au droit européen de la concurrence? Sinon, quelle est la procédure pour le modifier? Qu'en pense nos partenaires? Ségolène les a-t-elle consultés avant? Est-ce bien dans l'intérêt des administrés, aussi, que de payer plus cher les prestations de ces PME. Car, si ces parts de marché sont réservées, cela veut dire que la pression concurrentielle sera moindre et donc la facture plus élevée. Cela va-t-il se traduire par une nouvelle hausse de la fiscalité régionale? Si oui, de combien? Quelle est la proportion de ces marchés qu'il est envisagé de réserver? Pour quel bénéfice économique en terme d'emplois? Cela, non plus, ne paraît pas très abouti. Un peu plus que le précédent, mais à peine.

"4- Donner la priorité à l'investissement des entreprises avec un taux d'impôt sur les sociétés plus bas si le bénéfice est réinvesti et plus haut s'il est distribué aux actionnaires."

Okay... Donc moins de dividendes distribués aux actionnaires, donc moins de recyclage des bénéfices des entreprises, donc une hyperfinanciarisation des entreprises - dont les actionnaires préféreront conserver leurs bénéfices in situ que de les voir s'évaporer sous forme d'impôt, donc une contribution à la transformation des entreprise en acteurs financiers au détriment de la formation d'un capitalisme citoyen. Remarquez, cela ne changera vraisemblablement pas grand chose puisque les entreprises françaises distribuent déjà fort peu de dividendes de toutes façons. Fiscalement c'est d'ores et déjà assez peu intéressant et les actionnaires préfèrent souvent engranger leurs bénéfices sous forme de réévaluation à la hausse de leurs actifs (les actions) qui, souvent, en tout cas pour beaucoup de petits porteur, son dans des fonds ou autres placements partiellement ou totalement défiscalisés. Cette mesure risque fort de ne rien produire d'autre que beaucoup de paperasserie inutile. Ce système est-il l'interprétation que fait SR du système de modulation fiscal proposé par DSK? Est-ce autre chose? Comment compte-t-elle les articuler dans ce cas? Beaucoup de questions, on le voit, et encore assez peu de réponses. Cela non plus ne semble pas très finalisé. 

"5- Sécuriser le parcours des jeunes créateurs en soutenant la création d'entreprises (simplifications), en généralisant les ateliers de la création dans toutes les régions, en améliorant la protection sociale des entrepreneurs, et en mettant en place un mécanisme de cautionnement mutuel pour ceux qui garantissent les emprunts de leur entreprise sur leur patrimoine privé."

Ah! Voilà une idée qu'elle est bonne! Sécuriser le risque! Fallait y penser! Donc, maintenant, avec Ségolène, il n'y aura plus de risque à entreprendre. En clair, cela veut dire que quand votre projet se casse la figure, c'est l'Etat, ou la Région qui paie les pots cassés? Intéressant! Je sens que d'un seul coup on va avoir une vague d'entrepreneurs inspirés puis un reflux aussi important ou presque avec une belle grosse facture à la clé pour... Mr le contribuable. Bien sûr, cette mesure là, non plus, n'est pas décemment chiffrable ou alors il faudrait une très bonne boule de de cristal! Ou alors on ne sécurise rien du tout, mais alors c'est une non mesure. En fait, quelle que soit la manière de la regarder, cela semble être encore une joyeuse approximation. Ah tiens, je avais failli ne pas noter cela, vous avez raison de me le faire remarquer: pourquoi ne sécuriser que les jeunes créateurs? Quid des vieux? Ceux qui mettent les économies d'une vie dans un projet risqué, pourquoi eux n'auraient-ils pas le droit à la même sécurité? Quelle étrange conception de l'égalité et de la justice entre les générations est-ce là?

"6- Réformer l'Etat : un euro dépensé doit être un euro utile. Une décentralisation aboutie. Des services publics de qualité présents sur tout le territoire et accessibles par Internet. La généralisation des logiciels libres dans l?administration."

"un euro dépensé doit être un euro utile" voilà un excellent principe sur le papier. Problème: comment le fait-on concrètement passer du papier à la réalité? Comment définit-on l'utilité dans ce contexte, et enfin cet excellent principe est-il en cohérence avec les mesures citées dans les précédentes propositions - ou l'inverse d'ailleurs celles-ci répondent-elles à cette exigence salutaire? On peut se le demander, en effet... Et si cela n'est pas le cas, alors quelle crédit accorder à la candidate à son sujet, quand encore une fois, elle ne précise absolument pas ni la manière, ni les moyens - non pas ici l'argent mais la technique, la méthode. Un excellent principe qui risque fort de demeurer tel - à savoir seulement un beau principe. Le meilleur gage, dans ce genre d'histoire, c'est encore la précision des propositions faites et ici, il faut bien l'avouer, on n'a pas trouver matière à être bien convaincu hormis peut-être par la première d'entre elles.

Donc, si on essaie de faire une première synthèse afin de préparer la synthèse finale, eh bien en ce qui concerne cette partie: restaurer la confiance, on peut dire que la confiance de  Cordélia n'est pas tout à fait prête à être ainsi restaurée. Sur six mesures, seule une semble complètement aboutie - et encore celle-ci n'est pas chiffrée pas plus que ne sont estimées ses conséquences positives sur l'économie - et pour le reste petite Cordélia est bien déçue car en dehors d'une jolie collection de platitudes, d'idées plus ou moins reçues ou encore de jolis principes dont aucune conséquence précise ne semble avoir encore été tirée à ce jour, eh bien on ne trouve vraiment pas grand chose. Une mesure, donc, et une seule pour restaurer la confiance, voilà ce qu'on peut légitimement attendre de ce pacte, de cette partie du pacte. Le reste est fantaisie spéculative de la part de lecteurs vraiment cléments ou bienveillants.

Petite Cordélia se demande quand même s'il est bien raisonnable de penser restaurer la confiance en France avec une seule mesure. Petite Cordélia est loin d'en être convaincue et sa confiance est un peu plus affectée que restaurée par une telle lecture. Espérons que la suite sera bien meilleure! Car voilà une entrée en matière bien terne!

Cordélia Lefranc | 25 février 2007
Ne nageant pas vraiment en pleine confiance
Par Cordélia Lefranc
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Lundi 26 février 2007
Et voici donc le deuxième épisode de notre saga, le troisième si on compte le pilote - doit-on compter le pilote? La question est toujours difficile car au moment du pilote, on est jamais sûr qu'il y aura autre chose et donc lui donner le numéro 1 serait quand même un peu prétentieux... - un autre épisode, donc, le 2-3 où il va à présent être question de pouvoir d'achat. Pour les débiles, puisqu'il faut parler débile à présent, c'est ce que la mère de toutes les ménagères de moins de cinquante ans appelle la question de "la vie chère". Mais à tout seigneur tout honneur aussi rendons grâce à sa seigneurie et rappelons à présent ce qui fit d'elle ce qu'elle est: La reine des...


Le pacte présidentiel de Ségolène Royal

La Présidente du pouvoir d?achat garanti

Remontée des débats
"L'introduction de l'euro, l'augmentation de la fiscalité locale, la hausse des prix de l'énergie et le manque de concurrence dans certains secteurs sont considérés comme étant à l?origine de la vie chère. L'indice des prix ne reflète pas la réalité de la consommation : il est incomplet, il ne prend pas en compte des dépenses nouvelles, et il ne pondère par les dépenses selon les revenus.

Mais la vie chère c'est surtout le logement : le consensus est total sur la gravité de la situation. Il n'y a pas assez de logements, les logements sont trop chers. Il faut mieux appliquer la loi SRU, adopter une politique active de construction de logements, et mettre en place un service public de la caution : « contre la dictature des agences et des proprios. »

Le surendettement des ménages est également une préoccupation. La publicité pour les prêts à la consommation et les conditions d'obtention des crédits doivent être davantage réglementée. Il est également nécessaire d'offrir de nouvelles formes de crédits solidaires.

Pour la participants des débats, le constat est net : les salaires stagnent et la précarité augmente. La hausse des salaires est économiquement justifiée mais doit être financée. L'Etat doit s'impliquer par une politique volontariste et prendre sa part de l?effort de financement.

Le recours aux heures supplémentaires n'est pas considéré comme une solution adaptée à tous. Elles ne sont pas toujours payées et ne concernent pas tous les salariés. De plus c'est souvent l'employeur qui oblige, pas l'employé qui choisit : « C'est ignorer le monde du travail que de prétendre le contraire. »

Il faut revaloriser les petites retraites et réformer, globalement, le système des retraites. Les
principales victimes en sont les femmes (veuves), le monde agricole et l'artisanat.

Enjeux
La vie chère est une réalité vécue par une grande majorité de Français et pas seulement les plus modestes. Les salaires stagnent, les pensions s'amenuisent, les prestations sociales ne compensent pas les aléas de la vie. L?accès de tous à un logement de qualité est devenu difficile pour de nombreuses familles.

Propositions
7- Augmenter les salaires :

- Le SMIC sera porté à 1500€, le plus tôt possible dans la législature.
- Afin de tirer vers le haut tous les salaires, une conférence nationale sur les salaires, les revenus et la croissance réunissant les partenaires sociaux sera organisée dès juin 2007. Cette conférence sera annuelle.

8- Revaloriser immédiatement les petites retraites :

- L'amélioration des petites retraites sera la première priorité de la réforme des retraites. Elles seront augmentées de 5%.
- Le minimum vieillesse sera versé mensuellement.
- Le paiement des retraites de la sécurité sociale sera rétabli au 1er jour de chaque mois.

9- Revaloriser immédiatement de 5% les allocations aux personnes en situation de handicap.

10- Doubler l'allocation de rentrée scolaire qui sera versée aux familles en deux fois.

11- Réduire les coûts bancaires :

- Les tarifs bancaires seront réglementés par l'Etat : les agios et les pénalités liées aux
incidents de paiement seront plafonnés et feront systématiquement l'objet d'une facture.
- L'Etat créera un service universel bancaire de base, favorisant les prêts sociaux et le microcrédit.
- Afin de prévenir le surendettement, la publicité pour les prêts à la consommation sera réglementée et les établissements financiers qui octroieraient un crédit à des personnes non solvables seront sanctionnés. Ils devront participer au règlement des situations de surendettement à parité avec les organismes publics.

12- Lutter contre le logement cher, une sécurité logement tout au long de la vie :

- Augmenter les allocations logement de manière à limiter à 25% le montant des dépenses de logement pour les ménages modestes.
- Construire 120 000 logements sociaux par an grâce à une incitation au livret A . L'Etat pourra se substituer aux maires qui n'appliquent pas la loi SRU.
- Créer un service public de la caution afin que celle-ci ne soit plus un frein à l'accès au logement tout en sécurisant le propriétaire. En contrepartie, les procédures d'expulsion des locataires de mauvaise foi seront simplifiées.
- Conditionner les avantages fiscaux et les aides publiques à une modération des loyers.
- Remettre à la location les logements vacants spéculatifs. Les communes pourront également les acquérir par une procédure exceptionnelle.
- Encourager l'accès à la propriété par l'extension des prêts à taux zéro. Dans le logement social, les locataires qui ont payé pendant 15 ans leur loyer pourront accéder à la propriété.
- Sanctionner financièrement les communes qui ne respectent pas le ratio moyen de un pour mille habitants pour les hébergements d'urgence.

13- Mettre en place plusieurs indices des prix reflétant la dépense des ménages (minima sociaux, SMIC, retraites)."

S'il est vrai qu'il pouvait être regretté à propos du chapitre sur la confiance retrouvée (ou si on préfère une dénomination peut-être plus classique: le chapitre de la politique économique) que celui-ci soit extrêmement flou et peu détaillé, on ne saurait faire la même critique ici sur le volet social de "la lutte contre la vie chère." Derrière ce slogan digne d'une enseigne de chaîne de grande distribution, on trouve en effet sept grandes séries de mesures, en première lecture très concrètes dans leur approche et ayant pour objectif de répondre à une préoccupation certaine des françaises et des français: la dégradation de leur pouvoir d'achat au cours de la période qui s'achève. Saluons, donc, comme il se doit cet effort de précision et cette volonté d'apporter des réponses concrètes qui nous sortent des éternelles déclarations de principe et autres engagements solennels et solennellement creux! Examinons à présent le détail ensemble et voyons ce que nous pouvons en tirer pour l'avenir de notre pays! Pour rompre la monotonie de l'exercice, procédons en sens inverse et remontons le fil du raisonnement, if any, depuis la dernière mesure proposée, jusqu'au constat initial! Let us proceed backwards!

13- Mettre en place plusieurs indices des prix reflétant la dépense des ménages (minima sociaux, SMIC, retraites).

Une première, pardon, dernière mesure technique mais pas inutile du tout; s'il est vrai que l'indice officiel des prix à la consommation indique une valeur de l'inflation très sous-évaluée et surtout en déconnection complète avec la réalité quotidienne de la consommation des français, il est en effet urgent d'en mettre d'autres en place, qui collent mieux à cette réalité. Il nous faudra cependant prendre garde, en tant que citoyens, que ce genre de mesures reste assez exceptionnel et ne se transforme pas en habitude car il serait quand même dangeureux que les indices soient réinventés à chaque nouveau gouvernement et qu'ainsi il n'y ait plus d'indicateurs qui permettent de suivre des évolutions sur des périodes plus longues qu'un mandat législatif - soit seulement cinq ans. Une mesure bienvenue, donc, mais qui doit rester exceptionnelle.

12- Lutter contre le logement cher, une sécurité logement tout au long de la vie :

Bien, voilà un objectif concret, précis et qui intéresse beaucoup de français! Alors regardons à présent les mesures proposées, et prenons les une à une:

- Augmenter les allocations logement de manière à limiter à 25% le montant des dépenses de logement pour les ménages modestes.

Voilà une mesure qui risque de représenter un coup certain et important pour l'Etat ou les organismes sociaux financés par prélèvement obligatoire. Cette mesure, si elle s'impose - je ne sais car je ne suis que petite Cordélia - doit être une exception au principe porté en tête de ce pacte, à la règle de la sagesse partagée et des experts de la chose économique et des experts populaires de la chose participative, et énoncé au tout début de la première partie comme rappelé hier: "Pour relancer la croissance, les participants aux débats se sont prononcés davantage pour des réformes structurelles que pour des politiques macroéconomiques nécessairement limitées par l'ampleur de la dette publique." Mais, mais... Ne soyons pas mauvaise joueuse, toute règle, même le principe le plus stricte, même la règle grammaticale la plus contraignante admet toujours au moins une exception. La seule chose qui importe pour que la règle demeure bien la règle c'est que celles-ci - les exceptions - ne soient pas plus nombreuses que les occasions où on applique la règle. Nous avons donc ici une exception au service du lien social et en faveur des plus démunis, après tout c'est bien normal. Il faudra quand même faire attention au coût de cette mesure et ne pas se laisser déborder par elle et risquer la faillite financière qui, elle, c'est certain, ne rendrait service à personne.

- Construire 120 000 logements sociaux par an grâce à une incitation au livret A . L'Etat pourra se substituer aux maires qui n'appliquent pas la loi SRU.

Aïe! Encore une exception? 120 000 logements sociaux neufs par an pendant cinq ans, cela va faire un gros trou dans les finances publiques, non? Comment va-t-on faire cela avec un budget déficitaire de plus de 2% de PIB si on augmente pas les impôts? Hmm... Cela me fait quand même un peu peur. N'est-on pas en train de promettre la Lune? Ne serait-il pas plus raisonnable, en matière de logement, de mettre en place des incitations à la construction privée?

- Créer un service public de la caution afin que celle-ci ne soit plus un frein à l'accès au logement tout en sécurisant le propriétaire. En contrepartie, les procédures d'expulsion des locataires de mauvaise foi seront simplifiées.


Très bien! Bon principe que le donnant, donnant! Ceci dit, comment est-ce que cela fonctionne concrètement un "service public de la caution" ? Qui va s'occuper de cela et comment? Qu'est-ce qui sera couvert par la caution publique? Le défaut de paiement? Les dégradations? Le défaut d'entretien courant? Tout cela? Est-ce budgetisé? Cette 'garantie à toute épreuve' ne risque-t-elle pas quand même de déresponsabiliser l'individu - comportement du type: boh, c'est pas grave, c'est couvert par la caution? Ne risque-t-on pas aussi de voir se multiplier les défauts de paiement? Enfin, quid des propriétaires indélicats qui n'entretiendront pas les immeubles comme il faut et qui prétendront que c'est dû au défaut d'entretien courant par les locataires pour couvrir les réparations lourdes au frais de l'Etat?

Pour ce qui est du volet expulsion, qu'est-ce qu'une personne de bonne fois dans un dossier d'expulsion? Et qui, surtout va décider de cela? Est-ce le juge? S'agira-t-il là d'une contrainte supplémentaire qui pèsera sur notre système de justice déjà au bord de la rupture? On le voit, malgré l'effort de précision, encore beaucoup d'incertitudes demeurent et pas seulement sur des points de détails.

- Conditionner les avantages fiscaux et les aides publiques à une modération des loyers.

Bien, simplement bien. Juste à préciser dans le mécanisme.

- Remettre à la location les logements vacants spéculatifs. Les communes pourront également les acquérir par une procédure exceptionnelle.

Ce point soulève et soulèvera un vrai problème de fond; soit au cours de la campagne soit après s'il n'y est pas relevé mais cela ne manquera de se faire jour: l'atteinte au droit à la propriété privée. Cette mesure est-elle seulement constitutionnelle? N'y a-t-il pas dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen un droit inaliénable à la propriété individuelle? Doit-on comprendre que ce point, situé au détours d'une proposition plus large et elle-même placée au fin fond d'un catalogue de mesures conjoncturelles est symptomatique de la manière de procéder de la candidate quand il s'agit de remettre en cause certains des fondements, non pas seulement de la Vème république, mais bien de l'ère républicaine depuis ses origines? Est-ce là la bonne méthode et est-ce la une façon de faire? La dissimulation ou l'hypocrisie sont elles des principes démocratiques et républicains convenables pour la conduite de tels chantiers? Ou bien s'agirait-il d'autre chose? La candidate n'aurait-elle donc pas connaissance de la notion de la propriété privée et des droits qui y sont attachés? Cela semblerait quand même bien étonnant!
 
Certes, chaque candidat est libre d'incarner et de défendre les valeurs et les changements auxquels il aspire lors d'une élection présidentielle, même celui de la remise en cause d'un droit aussi fondamental que celui du droit à la propriété privée mais n'est ce pas
la moindre des choses, quand même, alors que de sérier les propositions par ordre d'importance et de ne pas dissimuler une remise en cause aussi fondamentale au détours d'une politique conjoncturelle?

Remettre le droit à la propriété privée en cause, même avec les meilleures intentions du monde, cela n'est pas un élément de politique conjoncturelle lié au dossier logement, ce n'est rien moins qu'une remise en cause essentielle d'un principe fondateur et structurant de la société française depuis l'avènement de la Révolution. Les français ont fait la révolution pour pouvoir accéder à une propriété privée individuelle que personne, personne ne pourrait remettre en cause, surtout pas et en aucune façon l'Etat. Changer cela, c'est revenir sur un des points fondateurs de la République. Cela n'a pas sa place au tiret cinq du point 12 d'une politique sociale intitulée: "la lutte contre la vie chère." Sa place, si tant est qu'elle en est une, c'est en tête du premier chapitre -
changer la république en changeant le régime de la propriété - au paragraphe un, sous l'intitulé explicite:  Mettre fin au règne injuste de la propriété privée individuelle.

Le choix de placer cette proposition là où elle a été placée, est rien moins que d'un procédé extrêmement troublant - pour dire le moins...

Mais continuons pour ne pas être taxée de paresse ou de légèreté. Examinons tout, sous toutes les coutures, aussi fastidieux et aussi inutile cela puisse paraître après une "légèreté" pareille. Peut-être ne sommes nous pas au bout de nos - mauvaises - surprises...

- Encourager l'accès à la propriété par l'extension des prêts à taux zéro. Dans le logement social, les locataires qui ont payé pendant 15 ans leur loyer pourront accéder à la propriété.

Les taux internationaux n'étant pas à zéro et risquant même de remonter selon l'anticipation de la plupart des économistes, cette mesure risque de représenter un autre gouffre financier pour l'Etat. On est donc face à une nouvelle exception, lesquelles décidément semblent plus fréquentes pour l'instant que les occasions d'appliquer la règle. Le laïus sur les quinze ans de loyers pour acquérir le droit d'accéder à la propriété n'est pas très clair, ni dans sa signification ni et encore moins dans sa philosophie: pourquoi les locataires des logements sociaux devraient-ils attendre quinze ans pour acquérir ce droit? Que signifie cette queue de quinze années? L'idée du plan d'accession à la propriété ne paraît pas une mauvaise piste, mais la solution proposée ici n'est ni convaincante ni même seulement claire.

- Sanctionner financièrement les communes qui ne respectent pas le ratio moyen de un pour mille habitants pour les hébergements d'urgence.

Bien sûr. Rien à redire à cela.

11- Réduire les coûts bancaires :

- Les tarifs bancaires seront réglementés par l'Etat : les agios et les pénalités liées aux
incidents de paiement seront plafonnés et feront systématiquement l'objet d'une facture.
- L'Etat créera un service universel bancaire de base, favorisant les prêts sociaux et le microcrédit.
- Afin de prévenir le surendettement, la publicité pour les prêts à la consommation sera réglementée et les établissements financiers qui octroieraient un crédit à des personnes non solvables seront sanctionnés. Ils devront participer au règlement des situations de surendettement à parité avec les organismes publics.

Penons ces dispositions en bloc: oui l'Etat doit réglementer les activités bancaires et particulièrement les services aux particuliers que les institutions bancaires privées semblent vraiment considérer comme des vaches à lait. Oui l'Etat doit faire payer à ces institutions le prix de leur irresponsailité et oui l'Etat doit faire en sorte que le micro crédit, cette mesure de l'avancement civilisationnel qui est le nôtre, soit promu chez nous si nécessaire.

10- Doubler l'allocation de rentrée scolaire qui sera versée aux familles en deux fois.

Pan, encore une exception!

9- Revaloriser immédiatement de 5% les allocations aux personnes en situation de handicap.

Pan, encore une exception!

8- Revaloriser immédiatement les petites retraites :

- L'amélioration des petites retraites sera la première priorité de la réforme des retraites. Elles seront augmentées de 5%.

Pan, encore une exception!

- Le minimum vieillesse sera versé mensuellement.

- Le paiement des retraites de la sécurité sociale sera rétabli au 1er jour de chaque mois.

Bien sûr, ces de dernier points, techniques, même s'ils ne sont pas des grandes révolutions, doivent eux être mis en oeuvre. On est au XXIème siècle que Diable! Ce qui est choquant, c'est qu'on ait encore à en parler lors d'une présidentielle!

7- Augmenter les salaires :

- Le SMIC sera porté à 1500€, le plus tôt possible dans la législature.
- Afin de tirer vers le haut tous les salaires, une conférence nationale sur les salaires, les revenus et la croissance réunissant les partenaires sociaux sera organisée dès juin 2007. Cette conférence sera annuelle.

Cette mesure est à la fois la plus forte et la plus problématique. La revalorisation des salaires est bien entendu une attente majeure de nombre de salariés, et particulièrement des moins favorisés. Cependant elle n'est en elle-même rien d'autre qu'un leurre si dans le même temps les prix augmentent à concurrence. La question n'est donc pas celle-ci. La question est celle de l'augmentation du pouvoir d'achat. L'infantilisation de la population sur ces questions et la simplification outrancière ne mèneront nulle part. S'il faut effectivement poser la question du pouvoir d'achat aujourd'hui en France, il faut avoir le courage et l'honnêteté intellectuelle de poser également celle de la durée, insuffisante, du travail. La concurrence internationale ne peut pas être ignorée ici. L'économie française ne peut pas être durablement pénalisée par une loi économiquement suicidaire sans que cela n'est des conséquences désastreuses sur le plan social.

Le parti socialiste français, dans sa grande majorité, continue de présenter la loi sur les 35h hebdomadaires de travail comme un progrès social pour la France. Mais il oublie avec beaucoup trop de complaisance et sans vraiment s'interroger, semble-t-il, sur la réalité du progrès social au sein d'une société quand celle-ci compte 1,25 millions d'allocataires du RMI. Combien faudra-t-il qu'il y ait d'exclus, de marginaux, et de campeurs forcés sous nos fenêtres pour qu'on commence enfin à comprendre en France qu'une organisation du système économique et social dont il résulte une exclusion chronique de 1,25 millions d'individus au moins - et surement plus en vérité - n'est pas un système qui connaît un quelconque progrès social? Quand va-t-on enfin sortir de cette dogmatique définition du progrès social qu'est la durée hebdomadaire du travail salarié - une définition tellement aveugle à la réalité et aussi bornée que peut l'être une borne kilométrique?

Où est le progrès social dans une société qui compte 1,25 millions d'individus rejetés hors du tissu socio-économique où cette règle s'applique? Où est le progrès social pour eux? Qui voudra bien me l'expliquer? Qui le pourra?


Conclusions:

Il semble que la France souffre aujourd'hui d'un aveuglement sélectif chronique. Il est des fantaisies que tout un monde aime à admirer en se disant: mon Dieu, c'est formidable, quel progrès! Et il est en revanche des réalités bien plus sombres que personne ne semble décidé à intégrer dans ses raisonnements, et pas même ceux qui s'appellent les Socialistes ou plutôt qui se prétendent tels. Combien de temps pourrons-nous encore jouer les socio-aveugles? Combien de temps encore pourrons-nous faire semblant d'ignorer la réalité du déclassement économique qui est la nôtre? Quel peut-être le progrès social apporté aux hommes et aux femmes de notre pays par un système économique en déclin? Comment va-t-on continuer à expliquer le "progrès social" de la durée hebdomadaire du travail salarié à 35 heures aux 1,25 millions d'allocataires des minima sociaux? Doivent-ils se réjouir du SMIC à 1 500 Euros?

Par ailleurs, remettre en cause le droit à la propriété individuelle paraît extrèmement imprudent considérant le simple fait que c'est un droit pour lequel les français ont déjà fait une Révolution dans leur histoire. Il pourrait leur piquer la fantaisie d'en faire une seconde pour le défendre. Et peut-être même irais-je ici jusqu'à dire que c'est dangeureux voire irresponsable.

Ce genre de mesures sociales-révolutionnaires ne me paraît pas correspondre à la logique de la sociale-démocratie d'aujourd'hui mais bien plutôt être le signe d'une résurgence nostalgique de l'idéologie ringarde et dépassée de la révolution prolétarienne et des vieux fantasmes de grand soir de l'ère des Internationales successives.

Cette expression d'une démagogie archaisante rare et dont la seule présence au sein d'un programme présidentiel marque l'impossibilité pour l'actuel
Parti Socialiste Français de se revendiquer le parti de la Sociale Démocratie en France et qui suffit à mes yeux à disqualifier sa candidate de la prétention à être considérée comme une candidate sérieuse, cette expression est il me semble le signe que le travail de modernisation de la ligne idéologique de ce parti n'a pas été mené à son terme. Ceci place sa candidate et le parti tout entier dans une situation similaire, bien que sur un aspect différent, à celle de 2002 et ne laisse décidément pas présager d'un retour pour ces derniers au temps des cerises.

Après la défaite, non la déconfiture, de 2002, il était vital de tirer les enseignements qui s'imposaient et de faire rentrer ce parti dans le XXIème siècle avec l'adoption d'une ligne idéologique en phase avec la réalité du monde, de la France, des françaises et des français. Cette mesure socio-révolutionnaire aux accents de dictature de l'
alter-prolétariat, la démagogie outrancière qui la caractérise et l'hypocrisie insondable qui accompagne sa mise en scène, non pardon, la tentative maladroite de dissimuler sa réalité, suffisent à démontrer que rien n'a été fait en ce sens.

Le Parti Socialiste Français, et particulièrement sa candidate actuelle à l'élection présidentielle en cours ne peuvent décemment prétendre, avec une telle mesure et un tel procédé, incarner la Sociale Démocratie française et se condamne ainsi à en perdre ses voix au profit du candidat centriste.

Même si toutes le mesures proposées dans cette section du pacte présidentielle ne sont pas aussi déplorables que ne l'étaient celles de la première partie, il n'en demeure pas moins vrai que la démarche repose essentiellement sur un aveuglement à la réalité socio-économique de notre pays, un autisme profond à la véritable nature de ses problèmes - plus d'ordre économique que sociaux - et d'un dogmatisme doublé d'un archaïsme idéologique préoccupant chez des personnes qui prétendent présider et gouverner aux destinées de la France.

L'association des plus démagogiques et
des plus contradictoire entre le principe frappé du sceau du réalisme d'une austérité de principe dans les dépenses publiques et la multiplication des postes nouveaux de dépense non-plafonnés amène naturellement à se poser la question de la cohérence de cette démarche. Y a-t-il un pilote dans l'avion? Y a-t-il un ou plusieurs auteurs à cette collection baroque de propos aussi contraires? La candidate a-t-elle donc été incapable de trancher entre des attentes contradictoires? A-t-elle fait par là preuve de duplicité ou d'incompétence? Peut-on envisager, dans un cas comme dans l'autre de lui confier la présidence du pays?

Oui, vraiment, bien qu'a contrario, la lecture de ces premiers chapitres du pacte présidentiel se révèle très édifiante! Il faut le lire pour le croire! Faites le donc lire à votre entourage! Tous les citoyens doivent en prendre connaissance. C'est très important que de voter en connaissance de cause!

Pour la Démocratie avant tout,
Pour la réalité du progrès social et non un fantasme dogmatique devant en tenir lieu,
Pour la construction d'une Europe respectueuse de ses citoyens et de leurs attentes,


Petite Cordélia vous a proposé encore un exemple de l'application de sa petite méthode et vous présente à présent - ho-ho-ho! - ses plus démocratiques, sociales et européennes salutations.

Cordélia Lefranc | le 26 février 2007
DSE - Démocrates Sociaux et Européens


 
Par Cordélia Lefranc
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Mardi 27 février 2007
Après les questions économiques, après la question du pouvoir d'achat voici donc le tour des questions sociales proprement dites. Voyons ce que propose ici la candidate:

Le pacte présidentiel de Ségolène Royal

La Présidente du travail pour tous

Remontée des débats

Les débats ont beaucoup porté sur la précarité du travail. Cette précarité touche même les diplômés, qui enchaînent, faute de trouver un emploi, des stages non rémunérés. L'ascenseur social est bloqué. Seuls les plus favorisés s'en sortent. Les jeunes sont convaincus qu?ils auront une vie moins agréable que leur parent.

La sécurité sociale doit s'inscrire dans une démarche du « donnant-donnant ». Les droits nouveaux doivent être accompagnés de devoirs nouveaux. On passerait d'une logique « passive » dans laquelle on donne une allocation à une logique « active » pour définir un parcours d'évolution vers l'emploi.

Pour lutter plus efficacement contre les délocalisations, plusieurs intervenants suggèrent de favoriser l?actionnariat salarié.

Enjeux
Le chômage ne baisse pas, sauf dans les statistiques officielles, la précarité se répand, le nombre de Rmistes a augmenté de plus de 250 000 depuis 2002. 70 % des embauches se font avec des CDD et de l'intérim. Et comment travailler plus quand tant de jeunes et de moins jeunes voudraient travailler tous ?

Propositions

- Lutter contre la précarité -

14- Conditionner les aides publiques aux entreprises à l'engagement de ne pas licencier quand l'entreprise dégage des profits substantiels et obtenir le remboursement en cas de  délocalisation.

15- Moduler les aides aux entreprises et les exonérations de cotisations sociales, en fonction de la nature des contrats de travail, et supprimer le CNE pour faire du CDI la règle.

16- Développer la négociation collective à tous les niveaux et sur tous les thèmes, notamment sur les questions d?organisation du travail, de conditions de travail, d'aménagement du temps de travail, de pénibilité, de temps partiel subi. Sur les 35 heures : ouvrir les négociations pour déterminer comment on peut consolider cet acquis et réduire ses effets négatifs pour les ouvriers et les employés.

- Sécuriser l?entrée des jeunes dans la vie active -

17- Créer le droit au premier emploi des jeunes, pour qu'aucun jeune ne reste au chômage au-delà de six mois sans avoir un accès à une formation, un emploi aidé ou un tutorat rémunérés. Ouvrir 500 000 emplois tremplins aux jeunes, en généralisant la mesure prise par les régions de gauche.

18- Instaurer un plan à taux zéro de 10 000 euros en faveur de chaque jeune pour l'aider à construire un projet.

- Favoriser le retour à l?emploi -

19- Mettre en place un revenu de solidarité active (RSA) permettant l'amélioration d'un tiers de ses ressources à tout bénéficiaire de minima sociaux reprenant le travail.

20- Renforcer la qualification et la capacité de revenir à l'emploi des salariés menacés de licenciement : mettre en oeuvre systématiquement une démarche de validation des acquis de l'expérience professionnelle et reconnaître à chacun un droit à la formation et à la reconversion inversement proportionnel à la durée des études.

21- Mettre en place une sécurité sociale professionnelle garantie par l'Etat et permettant à chaque personne privée d'emploi de se voir proposer par les pouvoirs publics un contrat de droits et devoirs comportant :

- une rémunération, pendant un an, égale à 90 % du dernier salaire net perçu ;
- une formation qualifiante ;
- une aide personnalisée à la recherche d'emploi ;

Cette prestation sera assurée par le service public de l'emploi.


Commencons par les propositions 14, 15 et 16. Celles-ci portent sur la politique du futur gouvernement - dans l'hypothèse où Mme Royal serait élue - en matière de droit du travail. Quelles sont ses propositions? La première (14) consiste à supprimer les aides publiques aux entreprises qui suppriment des emplois alors qu'elles enregistrent des bénéfices. La mesure paraît sensée mais aura-t-elle le moindre impact sur l'enjeu à savoir la lutte contre la précarité? En effet, combien d'entreprises sont-elles concernées par cette mesures? A-t-on pris le soin de s'y intéresser? S'il n'y a aucune entreprise concernée, on comprend bien que cette mesure n'aura pas beaucoup d'effet. Donc la question ici est: combien d'entreprises concernées cette année?

La quinzième proposition est un peu baroque voir rococo dans le sens où elle semble bien surchargée et qui plus est d'élements n'ayant pas de lien évident. D'un côté on trouve une modulation d'exonérations de charge et de l'autre une question bien plus structurelle: celle de la nature des contrats de travail. Prenons donc chacun de ces points isolément.

a) La modulation des exonérations de charges: de quelles exonérations s'agit-il? Comme aucune précision n'est apportée, on nage un peu dans le flou et on se pose alors cette question, légitimement je pense: Est-ce là l'aveu de la part de Ségolène Royal qu'elle compte reprendre à son compte la politique d'exonération de charge menée par les gouvernements de droite de J.P. Raffarin et D. de Villepin? Cela paraît un peu étrange étant donné le peu d'efficacité de leurs politiques économiques et les critiques qu'elle ne se prive pas de formuler à cet égard à l'adresse de ces gouvernements successifs. Si, au contraire, il ne s'agit pas de cette politique d'exonération de charge mais bien d'une autre, la sienne, alors il conviendrait peut-être de préciser les secteurs concernés, la taille des entreprises y ayant droit, la nature et le mode de calcul de la modulation... pour qu'on puisse essayer d'appréhender la logique, l'efficacité économique potentielle et le coût de cette mesure. Je me demande quand même bien comment Mr Besson a pu réussir à chiffrer cette mesure, il a eu bien du mérite...

b) Les contrats de travail: On ne saurait faire plus laconique sur un sujet pourtant crucial et difficile: "supprimer le CNE pour faire du CDI la règle." D'abord un problème de pure logique, comment la seule suppression du CNE suffirait-elle à faire du CDI la règle quand demeureraient inchangés les autres contrats précaires: CDD, contrats d'apprentissage et contrats d'intérim? Et je dois en oublier beaucoup d'autres car petite Cordélia n'est pas une spécialiste du droit du travail.

Faire du CDI la règle, bien sûr, c'est ce dont tout le monde rêve, enfin surtout ceux qui n'y ont pas droit, mais comment y parvient-on? Il me semble qu'il faudrait plus d'ambition et aller jusqu'à préconiser la suppression de toutes les autres formes de contrat de travail. Même les contrats de mission. Le problème, alors, c'est que si la candidate proposait cela sans contrepartie, elle rencontrerait une véritable levée de bouclier du monde patronal qui expliquerait que ce contrat dans sa forme actuelle ne permet pas de répondre aux exigences de flexibilités d'une situation économique très volatile.

Si elle proposait des contre-parties, elle se verrait sans doute alors taxer de droitisme par la base syndicaliste de la SFvIeillO qui brandirait la défense du CDI comme on brandit un étendard et qui irait grossir les rang des alter-révolutionnistes de la cause moderne des OGM en Afrique et ailleurs.

La candidate se garde bien, notons, de prendre l'un ou l'autre risque et espère contenter ses troupes du peuple de gauche, comme elle dit, par la seule suppression symbolique du CNE honni.

Mais à quoi cela revient-il en fait de politique du droit du travail? Eh bien, il semble à p'tite Cordélia que cela ne revient pas à grand chose, si ce n'est au retour à la situation précédente, celle d'avant 2002, la croissance en moins. Si d'aventure Mme Royal avait été de droite, mais forte heureusement pour elle, elle est de gauche, cette attitude de retour en arrière aurait été sans aucun doute qualifiée de mouvement réactionnaire. Mais elle est de gauche, donc quoiqu'elle fasse, par définition, c'est un progrès...

Ce retour en arrière qui n'est donc pas réactionnaire va-t-il pour autant régler les injustices qui se sont installées dans notre  économie depuis la fin des années 70 entre les moins de 25 ans et les autres? Probablement pas. Le droit social tel qu'il était et qui nous a conduit où nous nous trouvons aujourd'hui va-t-il permettre de lutter efficacement contre l'exclusion des plus de 50 ans? Probablement pas. Car ces deux phénomènes sont la contrepartie de la sécurité relative que le CDI confère aux 25-50 ans, les jeunes et les vieux servant aujourd'hui de variable d'ajustement économique par les CDD, les contrats d'intérim et les plans de pré-retraite. Cette situation est un des scandales français comme le sont les 1,25 millions d'allocataires du RMI. Le status quo proposé n'est pas très enthousiasmant, pour dire le moins. Car c'est ce système qui produit cet état de fait, cette injustice désespérante.

Alors il est étonnant qu'un des rares secteurs de l'action publique qui puisse avoir un impact significatif pour ne pas dire décisif - sur le cours de l'évolution économique et qui ne coûte rien au contribuable - la modification des règles de droit - il est fort étonnant qu'en la matière aucune politique plus ambitieuse ne soit propsosée par la candidate d'un parti qui se dit progressiste. Le candidat d'un vrai parti social démocrate ne pourrait, me semble-t-il, se satisfaire d'une telle immobilité. Le progrès social, le vrai, celui qui profite à tous, passe sans aucun doute par une politique qui pour avoir besoin d'être consensuelle n'en aurait pas moins besoin d'être plus audacieuse. Il faut mutualiser le risque chômage sur une base beaucoup plus large qu'aujourd'hui pour éviter que certains ne sombrent dans des situations qui, par leur durée, deviennent inextricables. C'est un impératif catégorique: la société ne peut pas, n'a pas le droit de sacrifier ainsi une proportion déterminée de sa population pour que les autres puissent jouir du confort et de la sécurité matérielle la plus complète. Il faut changer tout cela. On a besoin d'une vraie petite révolution.

Le point 16, quand on y réfléchit n'a aucun objet, aucun contenu et se ramène à une phrase complètement creuse: il faut plus de dialogue social sur tout. C'est là le degré zéro de la pensée politique. Organiser le dialogue social en prévoyant des contraintes légales ou des incitations fiscales, oui cela pourrait avoir un sens, mais tel que présenté dans la proposition 16, non, vraiment il n'y a rien à en tirer.

Passons donc à la suite, et à la réponse à la question du chômage des moins de 25 ans. Quelle est la réponse de la candidate? Well, on a deviné qu'il ne s'agissait pas de rétablir leur égalité de droit à un traitement identique à celui de leurs aînés en matière de contrat de travail, on l'a bien compris puisqu'il n'est pas question de toucher ni aux abus des stages, ni au CDD ni au contrat d'intérim alors que peut-il bien rester pour eux? Un peu de bricolage coûteux et essentiellement improductif sans doute:

17- Créer le droit au premier emploi des jeunes, pour qu'aucun jeune ne reste au chômage au-delà de six mois sans avoir un accès à une formation, un emploi aidé ou un tutorat rémunérés. Ouvrir 500 000 emplois tremplins aux jeunes, en généralisant la mesure prise par les régions de gauche.

En clair tous ceux qui ne trouvent pas d'emplois dans le privés seront employés par l'Etat ou une collectivité local au travers d'un contrat tremplin. La solution de la candidate à la précarité des jeunes est donc un nouveau contrat... précaire! Et qui plus est, à la charge de la collectivité. C'est l'Etat qui va se substituer à l'économie défaillante, l'Etat, son déficit et sa dette, pour créer des emplois qui n'existe pas. Et le financement dans tout cela? Oh, je ne sais pas, demandez à Mr Besson, mais c'est vrai, il est parti, on se demande bien pourquoi... Passons sur le coût, dérisoire en comparaison, du taux zéro de la proposition 18 et de l'incohérence avec le discours de maîtrise du risque de surendettement tenu au précédent chapitre. Interdisons aux banques de prêter aux insolvables et prêtons à ce qui n'ont pas de situation! Quelle est la logique? A vous de me le dire, petite Cordélia y perd son latin - faut dire qu'elle n'a jamais été très forte, elle ne connaît que des phrases comme veni vidi vici.

Enfin vient le dernier bloc, celui de la politique de réinsertion. N'oublions pas le point de départ, l'enjeu, le constat fait par le rapport DSK: 1,25 million d'allocataires du RMI. Voilà une donnée de base de la situation.

Prenons le point 20 pour commencer:

20- Renforcer la qualification et la capacité de revenir à l'emploi des salariés menacés de licenciement : mettre en oeuvre systématiquement une démarche de validation des acquis de l'expérience professionnelle et reconnaître à chacun un droit à la formation et à la reconversion inversement proportionnel à la durée des études.

Bouillie pour les chats que ce paragraphe, la formation n'a jamais créé d'emplois, elle permet juste d'occuper les chômeurs et de les faire sortir des statistiques. Bonne vieille recette de grand-mère connue partout dans le monde. Notons un concept nouveau cependant: celui de "salariés menacés de licenciement." Comment fait-on pour identifier ces fameux salariés menacés de licenciement? Faudra-t-il remplir une déclaration mensuelle auprès des services sociaux: circulaire B643212: Vous sentez-vous menacé dans votre emploi? O/N Coché la case SVP.

19- Mettre en place un revenu de solidarité active (RSA) permettant l'amélioration d'un tiers de ses ressources à tout bénéficiaire de minima sociaux reprenant le travail.

Euh... Oui, mais encore? Pouvez-vous expliquer un peu cela? Le RSA, c'est donc une alloc' de plus (financement?) pour ceux qui étaient au RMI et qui reprenne un travail. Sans doute pas un vrai travail - genre CDI - parce que un vrai travail est payé au minimum au Smic et qu'on ne voit pas comment on pourrait expliquer qu'on verse une alloc' à un ancien RMIste lors que le smicard doit se débrouillé avec son smic. Mais alors, quid de la déclaration du point 15 qui dit que le CDI demain sera la règle? Pas besoin de vot' machin SA puisque tout nouveau travail sera, forcément, un CDI, un vrai. Pas logique, vot' truc... Le hic, en plus, c'est qu'on explique pas comment le monsieur ou la dame qui est au RMI se débrouille pour trouver un emploi. Quand on connaît un peu les difficultés du marché du travail - comme ptite Cordélia - on se doute bien que le pauvre monsieur ou la pauvre dame, qui est sans activité depuis un bon moment, personne n'en veut. Fait trop peur. Sorte de tabou social. Répond pas au sacro-saint profil, la nouvelle gueule de l'emploi.

La vraie révolution sociale, pour ce qui les concerne c'est une révolution mentale. Qu'on cesse de les regarder comme des gens pas normaux. Qu'on cesse de les appréhender au travers de leur situation et qu'on retrouve la réalité de ce qu'ils sont: des hommes et des femmes comme les autres. Il n'y a pas de "RMIstes"! Il n'y a que des hommes et des femmes. Arrêtons de vouloir enfermer les gens dans des cases, dans des profils, dans des stéréotypes débiles! Réapprenons à tendre la main! C'est une révolution mentale qu'il faut. Nous avons au moins 1,25 million de mains à tendre. Nous avons donc un besoin urgent de croissance et de création d'emplois.

Enfin la sécurité sociale professionnelle. Il faudrait rapprocher cela des assurances chômage qui existent aujourd'hui et qui sont financées par les charges sociales. La proposition paraît très généreuse mais là encore comment est-elle financée quand dans le même temps on parle d'allègement de charge (voir plus haut) et qu'on a rappelé en introduction du premier chapitre cette sagesse populaire et experte: "Pour relancer la croissance, les participants aux débats se sont prononcés davantage pour des réformes structurelles que pour des politiques macroéconomiques nécessairement limitées par l?ampleur de la dette publique." Il y a la un vrai mystère que le départ de M. Besson ne suffit pas à couvrir. "Mais qui, ici, connaît M. Besson?" La réponse est toujours aussi imparable!

Conclusion

Alors, alors ce troisième volet tient-il toutes ses promesses? A vous de juger mais il y a beaucoup de mesures coûteuses, peu de résultats démontrés et un manque d'ambition ou de courage sur la grande question: celle de la modernisation du droit du travail.

Si le modèle en la matière était censé être le modèle Danois, comme cela a été dit en certaines occasions, alors il semble qu'une moitié du modèle ait été oublié sur le chemin de Copenhague à Paris: la moitié flexibilité. En effet, dans la flex-sécurité, il y a certes la sécurité mais il y a aussi, en contre-partie, la flexibilité du marché du travail. Cela veut dire en clair, au Danemark, que vous bénéficiez de la sécurité sociale profesionnelle évoquée ici par la candidate du parti socialiste français mais en contrepartie les entreprises sont libres de licencier si la situation économique l'exige, sans préavis ni indemnités.

Quand l'introduction de cette partie mentionne la logique du donnant-donnant, c'est un peu à ce genre de solution qu'on s'attend mais quand on lit les propositions, il y a beaucoup de chèques en blanc pour la sécurité et pas une seule évocation de contrepartie de flexibilité.

Même les devoirs nouveaux de la sécurité sociale professionnelle (point 21) ont été éludés: "un contrat de droits et devoirs comportant :" et la liste des devoirs de disparaître...

La solution de Mme Royal semble donc être, telle que décrite dans ce pacte, la rigide-sécurité. Est-ce que cela peut marcher? La démonstration de faisabilité vous paraît-elle convainquante?

Cordélia Lefranc | le 27 février 2007
DSE


Par Cordélia Lefranc
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Mercredi 7 mars 2007
Bien, nous revoici! Excusez-moi de vous avoir négligés ces derniers temps mais j'ai eu moins de temps libre à consacrer à la rédaction de ces articles. On ne dirait peut-être pas, mais c'est un sacré travail! Enfin, assez perdu de temps comme ça! Nous revoilà et aujourd'hui, pour reprendre notre synthèse des propositions de S. Royal, nous allons donc nous intéresser à la question de l'Ecole. Quelle sera l'école de demain, si Ségolène est élue? On s'attend là à avoir des réponses d'experte étant donné que ce domaine, ce domaine particulier, elle doit bien le connaître ayant été secrétaire d'Etat à l'enseignement primaire et secondaire. Voyons, donc, de quelle maestria elle sait faire preuve dans son domaine d'expertise.

Contrairement à notre habitude présentons donc d'emblée, et sans perdre de temps avec les prolégomènes, les mesures proposées (les numéros indiquent la position dans le pacte présidentiel) par Ségolène Royal en tachant de les classer par ordre de concretitude:


D'abord quelques propositions concrètes, oui, mais financées... ça, c'est moins sûr:

23- Mettre en place un service public de la petite enfance et la scolarisation obligatoire dès 3 ans. Assurer la maîtrise de la langue parlée à la maternelle.

24- Organiser le soutien scolaire gratuit pour tous les élèves grâce à des répétiteurs.

25- Limiter à 17 le nombre d'élèves par classe en CP et en CE1 dans les ZEP et fixer la dotation aux établissements par élève en difficulté à 25% de plus que la dotation ordinaire.


Remarques: Comme depuis le début de notre examen des propositions, on note et renote que, même pour ses propositions les plus concrêtes, aucune référence n'est faite au financement; les propositions ci-dessus auront pourtant forcément un coût: à supposer qu'on trouve des bénévoles (plus ou moins bénévoles...) pour jouer les répétiteurs ou les orienteurs, mais si on diminue le nombre d'élèves par classes, on augmente le nombre de classes. Ce qui revient à augmenter le nombre de professeurs donc la charge de l'Education Nationale. Ce n'est pas que cela ne se justifie pas, mais alors il ne faut pas le cacher et prétendre le contraire. Question de cohérence et de crédibilité de la parole prononcée.


Les propositions toujours concrètes mais plus floues dans leurs modalités:

27- Renforcer la présence adulte dans les établissements y compris, lorsque ce sera nécessaire, par la présence d'un deuxième adulte dans les classes.

32- Créer une allocation autonomie pour les jeunes sous condition de ressources avec un
contrat pour faciliter les études et l'entrée dans la vie active.

30- Adopter une loi de programmation pour redonner à nos universités les moyens de l'excellence. En 5 ans, la dépense par étudiant sera portée au même niveau que la moyenne des pays de l'OCDE. Renforcer l'autonomie des universités dans le cadre national. Associer les régions à la remise à niveau des universités (bâtiments, logements étudiants?).

28- Implanter des classes préparatoires aux grandes écoles dans les quartiers qui en sont dépourvus. L'excellence scolaire ne doit pas être réservée aux établissements de centreville.


Remarques: Là, la question n'est pas tant celle du financement que celle des modalités pratiques. "redonner les moyens de l'excellence" oui, mais encore? Comment atteint-on l'excellence universitaire? S'agit-il seulement d'une question d'argent? Qu'en est-il de l'exigence, du niveau des étudiants à l'entrée de l'Université, de l'adéquation des programmes à la réalité scientifique du jour, de l'osmose entre la recherche et l'enseignement? Etc. Par ailleurs, que signifie le mot "autonomie" (proposition 30) dans ce context? Autonomie de gestion des moyens, autonomie de programmes, de diplômes?

En ce qui concerne les classes prépas de banlieue, est-ce vraiment une bonne idée? Ce n'est pas le tout d'ouvrir des classes. Encore faut-il que les étudiants qui s'y inscrivent réussissent aux concours. Si ce sont des classes de l'échec, mieux vaut ne pas les ouvrir et renforcer des structures d'internats d'excellence dans les établissements de centre-ville. La jeunesse des banlieue n'a-t-elle donc pas le droit, elle aussi, d'avoir une autre perspective d'avenir que de rester éternellement clouée à sa banlieue?


Les propositions qui proposent de créer ce qui existe déjà:

31- Créer un service public d'orientation pour que les jeunes soient informés pleinement des débouchés offerts par chaque filière.

33- Engager le chantier national proposé par le Conseil de l'emploi, des revenus et de la
cohésion sociale.

Remarques: Aucun commentaire si ce n'est que les CIO existent et ne servent partiquement à rien. C'est l'université qui doit être repensée afin d'offrir des cursus plus ouverts et dont la spécialisation s'opère graduellement au fil des années. C'est à l'université qu'on découvre la réalité, car à l'école, au collège et au lycée, on est très encadré et très materné. Enfin, il faut cesser de croire que c'est le diplôme qui fait la qualification professionnelle. Le diplôme est un indicateur de capacité mais la formation professionnelle s'acquiert en immersion. Comme on dit: c'est en forgeant qu'on devient forgeron. Les entreprises doivent donc repenser leur approche du recrutement et de la formation. Elles ont un rôle à jouer dans la formation professionnelle. Elle ne doivent plus se comporter en consommatrices de compétences préfabriquées mais au contraire participer à la formation activement. Tout le monde doit y mettre du sien et il ne serait pas choquant que la dernière année ou les trois derniers semestres de la vie étudiante soient consacrés à l'acquisition d'un savoir-faire professionnel lié au profil de formation supérieur choisi et en partenariat de pré-embauche avec une ou plusieurs entreprises et/ou autres employeurs institutionnels .


Les voeux pieux, principes sans moyens ni modalités et autres désertions fantasques de l'esprit politique dans un monde féérique mais hélas imaginaire:

26- Réviser la carte scolaire pour supprimer les ghettos scolaires, assurer la mixité sociale et constituer des réseaux d?éducation prioritaire.

29- Créer des emplois-parents, la généralisation d'écoles des parents et des consultations de médiation familiale pour les aider à conforter leur autorité.

34- Soutenir la création et l'emploi culturels.

35- Inscrire l'éducation artistique et la pratique artistique à tous les niveaux de la maternelle à l'université. A cette fin, sera mis en oeuvre un plan national, avec les Régions, d'aménagement d'équipements culturels dans les universités et les lycées (salles de répétition et de spectacles, ateliers-studios, tables de montage, etc.). Les intermittents du spectacle et les élèves des écoles supérieures spécialisées pourront participer à ce mouvement en résidence d'artistes.

Remarques: On a presque envie de dire ici: No comment! Mais quand même, un petit commentaire s'impose ou une question, toujours la même, obsédante quand on lit du Ségolène: Comment.

Réviser la carte scolaire. Comment? Selon quelle méthode? Créer des emplois-parents. Comment? Quels emplois, payés par qui et pour quoi faire? Soutenir la création et l'emploi culturel. Comment? Soutenir, qu'est-ce que cela veut dire, exactement? Soutenir... Il y a un très vieux métier pour lequel on dit qu'il y a des "souteneurs", est-ce à cela la référence? Est-ce cela le modèle? Un proxénétisme culturel? Allons, soyons sérieux! Comment soutient-on la production culturelle? L'impôt? Les taxes? La dette? Les maisons d'artistes? Comment? Comment? Comment?

C'est à se demander ce qu'il y avait dans le calumet de la paix artistique que ces mêmes artistes lui ont fait fumer lors de son passage dans leur maison. Apparemment il n'y avait pas que du tabac... Quant à l'omelette aux champignons, il paraît qu'elle s'est exprimée ainsi: "Magic!"


Enfin, le clou, le sommet, l'apothéose: quand la méthode participative réinvente... la méthode participative! - Ou la méthode participative au carré:

22- Organiser des Etats généraux des enseignants sur le mode participatif, pour améliorer leurs conditions de travail dans l'école, assurer la pleine reconnaissance de leurs missions et préparer un plan pluriannuel de recrutement des enseignants, de formation et de résorption de l'emploi précaire.


No comment! Tout ça pour ça! Il fallait bien 6 000 débats et 135 000 contributions pour arriver à cette proposition:

Organisons des Etats généraux de l'Education national sur le mode participatif!

Pour mémoire, c'est la démarche qui avait été mise en oeuvre par feu le Ministre-philososphe - ah bon, il n'est pas mort? Oh, pardon! Je croyais qu'ils avaient eu sa peau à l'UMP - Luc Ferry, avec le succès que l'on sait...

Conclusion

Well, P'tite Cordélia est quand même vraiment bien déçue! Car si c'est cela la réponse experte de Dame Ségolène sur l'école, alors on peut avoir très peur pour le reste où elle n'est pas experte! Pas un mot sur les savoirs fondamentaux que doivent impérativement maîtriser les élèves à la sortie de l'école primaire. Au lieu de ça, des mesures qui font penser qu'on approche la question de l'école primaire comme celle d'une halte-garderie (l'école dès trois ans et l'étude gratuite avec des pions rebaptisés, c'est plus chic, répétiteurs!) Pas un mots sur le collège, le collège unique et ses mutiples problèmes, abordés ni de près ni de loin comme s'ils n'existaient pas. Doit-on comprendre que Dame Ségolène trouve que le collège unique, ça marche formidablement bien? Quant au lycée, pas un mot sur la cannibalisation de toutes les autres filières générales par la filière scientifique ni sur les problèmes de débouchés de différents autres bacs. Doit-on comprendre que là non plus, il n'y a pas de problèmes pour Dame Ségolène? Enfin, pour l'enseignement supérieur, qu'avons nous à retenir? Un nouveau modèle pour l'Université française? Non, seulement l'objectif administratif de revenir dans la moyenne de la dotation financière par étudiant enregistrée au sein de l'OCDE. Ouahou! Ca c'est le trip des trips! Objectif: la moyenne des moyens et le reste on s'en fout!

Well, well... Qu'en pensez-vous? L'experte de l'école vous a-t-elle éblouïs de sa compétence rayonnante dans son domaine? Sa vision vous apparaît-elle particulièrement aiguisée? Sa capacité à développer des compétences supérieures utiles dans d'autres dossiers présidentiels vous paraît-elle démontrée par la transcendance des propositions qu'elle fait dans son domaine d'expertise: celui de l'école? A-t-elle par là contribué à renforcer sa stature de Chef d'Etat?

En un mot, l'avez-vous trouvé convaincante ?

Well, well... Votre verdict, vous, le jury citoyen et populaire? Qu'en dites-vous? Avons-nous là notre futur chef de l'Etat?



Par Cordélia Lefranc
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